12.10.2008
A la recherche de l'objet perdu
Où va-t-on chercher l'objet sociologique ?
Ceci n'est pas une méthode ou mieux les résultats aboutis d'une recherche mais bien l'état de crise qui précède le travail sociologique et le retour à la « normale » du raisonnement du sociologue.
La sociologie en tant qu'elle est une science peut bien parler de méthodes d'enquête, de catégories d'investigation sociologique, de biographies, de dimension sociale, de réseaux sociaux, et de rapports de force mais ce qui fait que l'on va voir, ce n'est peut-être pas cela. Il y a toujours quelque chose d'irréductible à ce qu'on voit, qui résiste à l'analyse et à la manipulation des concepts « passe-partout », quelque chose qui n'est pas « disciplinaire », ni scientifique, ni organisationnel, ni familial, ni culturel, etc. Cette résistance peut tendre d'un côté au réductionnisme sociologique, à ne regarder et ne prendre en compte que ce qu'on peut nommer et rapporter à un champ notionnel bien connu, autrement dit à des formes. D'un autre côté, la tentative de mettre en ordre le réel se perd. On cherche désepérement à tout prendre, à confondre contenu, émotion et forme dans la perception, sans que plus rien ne soit social, sans que plus aucun principe d'ordre ne se dégage pour l'observateur.
Lorsqu'on « arrive sur un terrain », le caractère propre de ce qu'on voit échappe et c'est pour cela qu'on y va, et est en même temps, irrémédiablement déjà là. Peut-on poser des limites à ce qui fait d'un objet un objet sociologique ? Par exemple, lorsqu'on arrive dans un hopital où se trouvent des adolescents autistes et psychotiques, parce que ce sont ces personnes là et leurs vies qui nous intéressent, ce n'est pas pour concurrencer les savoirs médicaux et scientifiques mais bien pour leur faire une place aux discours et aux vies dans un espace sociologico-social, qui ne soit pas faite « pour eux » et « sans eux ». Ce n'est pas tant par militantisme que par souci scientifique de montrer les limites ou les présupposés d'une enquête sociologique, de comprendre. Les discours entendus de ces patients/personnes ayant un « trouble envahissant du développement » ne correspondent alors pas aux critères d'un discours recevable en sociologie. Ils franchissent les limites du discours raisonnable, réflexif, ils semblent ne pas pouvoir être considérés sans le fond de pathologie dont on les pare, la "compréhension", l'identification à l'autre pour faire vite, n'est pas tout à fait au rendez-vous. Et pourtant qui oserait dire que ces personnes subissent intégralement le milieu dans elles sont. Le sociologue est bien désappointé devant un discours qui le dépasse, c'est à dire non « raisonnable », non « réflexif ». Certains de ces patients écrivent, font de la littérature et pourtant le sociologue n'aurait rien à dire de leur discours dans la cité. Ce qui fait le caractère raisonnable d'un discours et de pratiques fait ainsi partie du travail anthropologique. On ne peut disqualifier ou discriminer certaines pratiques et certains discours et en même temps faire preuve de neutralité axiologique et d'un souci de pleine recherche.
18:41 Publié dans échapper aux chiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.10.2008
no comment1
- "Je vais sans doute être licencié, mais ce sera bon pour le marché'', un salarié à la City après la faillite de Lehman Brothers
- ''On voit plus nos partenaires de boulots que nos conjoints, il faut donc gérer notre vie en fonction de cette donnée'' consultant avec son binôme dans la ligne 6 20h, mercredi 1er octobre 2008
22:47 Publié dans lever le gibier | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.09.2008
L'analyse factorielle
Pour certains, ce sera un rappel, pour d'autres l'occasion de se rafraîchir l'esprit et pour d'autres encore une découverte. Voilà donc un petit briefing sur l'analyse factorielle. Il s'agit plutôt de voir l'interprétation qu'on fait de cet outil en sciences sociales (utilisé d'abord en socio et en histoire) et non sa construction statistique (voir les articles de JP Benzécri).
La genèse de cette méthode statistique révèle en fait les usages qui ont été faits dès le départ. L’intuition de ‘facteurs’ revient à la psychologie corrélationnelle du début du XXème siècle pour qui chaque activité mentale est décomposable en une activité en deux parties (une partie liée à un facteur général – capacité sensorielle générale qui appelle une variable synthétique- et un facteur spécifique) [Olivier Martin]. Cette intuition est à l’origine de l’analyse factorielle. Cette théorie des facteurs de l’esprit a suscité d’emblée des controverses épistémologiques. Les « factorialistes » comme Spearman voient dans ces facteurs les causes des structures hiérarchiques de l’esprit. Tandis que les « échantillonnistes » comme Thomson ne voient dans les facteurs qu’un moyen de décrire les résultats, sans valeur causale, les facteurs permettant simplement une description commode des corrélations entre les activités de l’esprit. En gros, on est face à deux usages de l’analyse factorielle et plus généralement des stats en sociologie: un usage probatoire de l’instrument statistique et un usage descriptif. Cette opposition recouvre assez bien l’opposition réalisme-nominalisme en épistémologie des sciences. Les factorialistes cherchent à substituer l’idée de description à celle de vérité quand les échantillonnistes défendent une position réaliste, d’existence ontologique d’une unité dans les activités mentales. L’histoire de l’analyse factorielle au XXe jusqu’à aujourd’hui donnera raison aux échantillonnistes. Cette analyse se formalise toujours plus et perd la volonté causale qui avait présidé à sa construction. Il s’agira par la suite de choisir les meilleurs axes / facteurs pour rendre compte le plus efficacement des corrélations à partir du plus faible nombre de facteurs indépendants.
2) méthode
Contrairement à la régression logistique qui vise à identifier des causalités, par un raisonnement toutes choses égales par ailleurs, l’analyse des correspondances multiples essaie d’appréhender une masse de données pour en extraire les infos pertinentes. Elle projette orthogonalement le nuage de points initial (individus-variables) sur un espace à deux dimensions. On examine ensuite un ou deux axes supplémentaires. Pour évaluer la force de la liaison entre deux variables, l’ACM part des coefficients de corrélation linéaire r(k,h) = cov (k,h) / √(v(k)v(h) . Elle repère les axes principaux à partir des écarts à l’indépendance dans un tableau rassemblant tous les tris croisés entre toutes les variables de l’analyse. Elle va ensuite résumer les variables par des variables synthétiques (composantes principales).
Pour l’interprétation du nuage des individus, il faut retenir qu’on s’intéresse aux distances inter-individuelles. Par construction, l’origine des axes est le centre de gravité du nuage des individus, il représente donc un individu moyen. Pour le nuage des variables, on s’intéresse aux angles entre les variables. La projection d’une variable sur la variable synthétique la plus liée à l’ensemble des variables initiales s’interprète comme un coefficient de corrélation. Les axes factoriels sont les variables synthétiques les plus liées à l’ensemble des variables initiales. Afin d’aider l’interprétation, on regarde plusieurs choses. Le critère d’ajustement du nuage des individus ou des variables est celui de l’inertie projetée. Intuitivement, l’analyse factorielle essaie de généraliser en n dimensions le critère des moindres carrés. Les axes factoriels rendent minimum l’écart entre le nuage initial et sa projection. On dit aussi que F1 est la droite qui extrait le maximum d'inertie du nuage. La variance du nuage de points varie peu quand on tourne dans le plan. Dans le cas du nuage des variables, ils symbolisent la combinaison linéaire la plus liée à l’ensemble des variables. Et la valeur propre λ représente le part de la variance du nuage expliquée par l’axe, autrement dit l’inertie expliquée par cet axe. On peut ensuite interpréter l’angle entre vk et v1 le premier axe factoriel comme un coefficient de corrélation entre la variable k et la combinaison linéaire la plus liée à l’ensemble des variables. Un point sera d’autant mieux représenté qu’il sera proche de l’axe. Mais on ne peut se passer de l’interprétation des points atypiques, parce qu’il contribue plus à l’inertie de l’axe même s’il est moins bien représenté.
En bilan, L’ACM est une technique exploratoire des données par réduction de dimensionnalité. La notion de causalité lui est étrangère. L’ACM en socio sert à construire des espaces de pratiques ou des espaces de caractéristiques, mais jamais les deux en même temps. Elle dessine des communautés probables de comportements comme l’a dit Alain Desrosières. Cela dit on peut suspecter une visée prédictive chez certains auteurs. Même si elle se veut descriptive la plupart du temps, cette méthode n’est pas tout le temps neutre. Il faut encore et encore le redire. Elle peut véhiculer une conception implicite du monde social comme ça a été le cas du lien étroit opéré par Bourdieu entre analyse des correspondances et approches structurales.
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