02.09.2008

Ecrire l'intérêt européen à l'heure de la présidence française de l'UE

L'occasion de la présidence française de l'UE se prêtait à merveille à un stage d'été dans un think tank qui milite en faveur de la constitution d'une société civile européenne. Ce stage d'été vise la production d'un article sur le thème de l'investissement dans la relation sino-européenne.  Ecrire un article pour une revue de think-tank amène à se plier à des pratiques sémiotiques spécifiques.

  • On n'écrit pas un article qui va être lu par des syndicats, des patrons, des membres de la Commission européenne, des gens comme vous et moi, comme on écrirait un article universitaire. Il s'agit de rentrer dans un jeu de langage spécifique au sens de manières socialement partagées d’utiliser les signes, de signifier, de représenter. La liberté à l'oeuvre dans la société civile semble absente dans cette institution qu'est le think tank, en particulier à l'heure de la présidence française. On ne peut pas ne pas être d’accord avec les règles du jeu de langage qu'elle institue -mais il s'agit en fait d'une propriété plus générale des jeux de langage-  : cela signifierait tout simplement ne pas jouer ce jeu de langage.  Les règles constitutives du jeu de langage sont d'emblée des règles normatives. En créant le jeu, elles instituent des actions qui sont légitimes et d'autres illégitimes.
  • L'heure est à la morosité dans l'UE; morosité économique, politique. Les injonctions fusent alors dans le think tank, pour mieux se masquer cette morosité, pour jouer l'activisme. Comment définir un intérêt européen en 2008 en flattant la Commission, le Parlement qui n'ont pas les mêmes intérêts ni les mêmes discours face à la Chine. Le moment est critique pour un groupe régional qui se veut une puissance. Dans le cadre d'un futur partenariat stratégique avec la RPC, va-t-on découpler les dimensions politiques et économiques du dialogue? Le risque est alors de perdre la face dans le cadre des institutions multilatérales en ce qui concerne le dialogue sur les Droits de l'Homme notamment. Peut-on s'offrir le luxe de la confrontation ouverte avec une puissance si jamais la Chine refusait toute ingérence européenne dans la sphère des Droits de l'Homme? L'épisode géorgien semble prouver le contraire... La tentation est grande pour les élites mondialisées de Bruxelles et Strasbourg de découpler ces clauses, et donc d'abandonner la prétention d'un magistère idéologique de l'UE en matière de discours sur la gouvernance, les DH...  

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