03.09.2008
Sociologique/technique/publique : faire de la sociologie / faire du social
L'objectif initial de ce post était de parler de l'écriture sociologique et de la façon dont on peut simplifier et clarifier le discours, mais bien sûr, l’objet se complexifie à mesure qu’on l’écrit. La technicité de l’écriture sociologique fait écho à la compromission initiale de Durkeim avec l’ingénierie sociale, soulignée par Bruno Latour dans Changer de société, refaire de la sociologie. Les « groupes sociaux » sont compris par cet auteur, comme des faits indiscutables (matters of fact), c’est-à-dire des postulats sur l’existence d’entités sociales ou encore comme des axiomes sociologiques. Ce sont eux qui meuvent la mécanique de l’explication sociale, alors que ce sont eux qui devraient être expliqués, en déployant des controvers, ou faits disputables (matters of concern). L’objectivité sociologique, telle qu’elle s’est faite, autrement dite constructivisme social serait ainsi le lieu de toutes les méprises. Cette « objectivité » des groupes sociaux, et plus loin des concepts d’explication sociale se retrouve sans objet, c’est-à-dire, piégée dans le réel, sans possibilité d’imposer son propre langage et ses propres répertoires d’analyse. Ce qui marque d’abord à la lecture de Bruno Latour, lorsqu’on est bercé par la littérature sociologique non latourienne (on pourra remarquer l’absence de références à des auteurs sociologiques, exceptés Durkheim et Tarde dans l’ouvrage précité), et l’empirisme ethnograhique des classes sociales, c’est la radicalité de l’entreprise, son décrochage d’avec ce qui passe pour « le réel social », qui n’apparaît dès lors rien de plus que comme une forme maitrisée de langage commun. La différence épistémologique entre le sociologue et l’enquêté-indigène est à redéfinir, si l’on considère désormais que pour la sociologie non-latourienne, elle n’est rien d’autre que le différentiel de leurs positions sociales respectives. La littérature sociologique ambiante nous fournit des grilles de lecture qui sans être complexes, combinent des chaines d’explication socio-publiques, produisant une circulation de sens entre la sphère des politiques publiques, dans l’écriture des lois et circulaires comme dans les rapports qu’entretiennent entre eux les agents, les bénéficiaires… Ce redoublement du social par le discours métasocial publique n’indique pas le sens à donner au « social ».
Que les catégories utilisées par la sociologie soient un point aveugle, que la linguistique et le langage de la sociologie fassent peu l’objet de critiques sont quelques uns des points fondamentaux du scepticisme que nous pouvons avoir en tant qu'étudiants. Au premier regard, la perspective offerte par Bruno Latour en devient séduisante mais nous ne sommes pas si incrédules quant à ses fondements, ses méthodes. Elle est un outil qui montre que la sociologie reste encore à faire, que des lignes « d’explication sociale » ne sont pas toute tracées, et ceci quelque soit l’objet auquel on s’attaque. Il ne s'agit ainsi pas de nier la sociologie telle qu'elle est construite et ses raisonnements mais c'est l'emploi des termes qui semble insuffisamment fouillé pour avancer dans la recherche sociologique, afin de ne pas tomber dans un cercle herméneutique : le cas où n'importe quel apprenti sociologue qui maitriserait un certain vocabulaire d'analyse pourrait produire de la connaissance sociologique.
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