20.09.2008
Ecrire l'intérêt européen 2
Le défi d'écrire mon premier article touche à sa fin puisque sa dernière version a été acceptée. Il est désormais sous presse à Bruxelles. La dernière phase de la rédaction a été plus laborieuse. Il fallait 'journaliser' l'article, être accrocheur sur les relations économiques Chine-UE, soulever la portée politique de questions grand public sur l'investissement, et sur la propriété intellectuelle. Ecrire pour un think tank n'est définitivement pas synonyme de s'engager. Il s'agit de rabattre des enjeux sociétaux vers des questions à portée politique. Les injonctions du think tank participent d'un jeu de langage particulier. La politique est ramenée à un projet, et son écriture à une forme suggestive d'enjeux. Il faudrait voir comment cette division du travail think tanks- institutions est propre à l'UE. Les enjeux de champs sont en tout cas inéluctablement évincés des débats dans un think-tank. La cité par projets s'accomode mal des sciences sociales critiques. Dommage.
10:42 Publié dans échapper aux chiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.09.2008
Sociologique/technique/publique : faire de la sociologie / faire du social
L'objectif initial de ce post était de parler de l'écriture sociologique et de la façon dont on peut simplifier et clarifier le discours, mais bien sûr, l’objet se complexifie à mesure qu’on l’écrit. La technicité de l’écriture sociologique fait écho à la compromission initiale de Durkeim avec l’ingénierie sociale, soulignée par Bruno Latour dans Changer de société, refaire de la sociologie. Les « groupes sociaux » sont compris par cet auteur, comme des faits indiscutables (matters of fact), c’est-à-dire des postulats sur l’existence d’entités sociales ou encore comme des axiomes sociologiques. Ce sont eux qui meuvent la mécanique de l’explication sociale, alors que ce sont eux qui devraient être expliqués, en déployant des controvers, ou faits disputables (matters of concern). L’objectivité sociologique, telle qu’elle s’est faite, autrement dite constructivisme social serait ainsi le lieu de toutes les méprises. Cette « objectivité » des groupes sociaux, et plus loin des concepts d’explication sociale se retrouve sans objet, c’est-à-dire, piégée dans le réel, sans possibilité d’imposer son propre langage et ses propres répertoires d’analyse. Ce qui marque d’abord à la lecture de Bruno Latour, lorsqu’on est bercé par la littérature sociologique non latourienne (on pourra remarquer l’absence de références à des auteurs sociologiques, exceptés Durkheim et Tarde dans l’ouvrage précité), et l’empirisme ethnograhique des classes sociales, c’est la radicalité de l’entreprise, son décrochage d’avec ce qui passe pour « le réel social », qui n’apparaît dès lors rien de plus que comme une forme maitrisée de langage commun. La différence épistémologique entre le sociologue et l’enquêté-indigène est à redéfinir, si l’on considère désormais que pour la sociologie non-latourienne, elle n’est rien d’autre que le différentiel de leurs positions sociales respectives. La littérature sociologique ambiante nous fournit des grilles de lecture qui sans être complexes, combinent des chaines d’explication socio-publiques, produisant une circulation de sens entre la sphère des politiques publiques, dans l’écriture des lois et circulaires comme dans les rapports qu’entretiennent entre eux les agents, les bénéficiaires… Ce redoublement du social par le discours métasocial publique n’indique pas le sens à donner au « social ».
Que les catégories utilisées par la sociologie soient un point aveugle, que la linguistique et le langage de la sociologie fassent peu l’objet de critiques sont quelques uns des points fondamentaux du scepticisme que nous pouvons avoir en tant qu'étudiants. Au premier regard, la perspective offerte par Bruno Latour en devient séduisante mais nous ne sommes pas si incrédules quant à ses fondements, ses méthodes. Elle est un outil qui montre que la sociologie reste encore à faire, que des lignes « d’explication sociale » ne sont pas toute tracées, et ceci quelque soit l’objet auquel on s’attaque. Il ne s'agit ainsi pas de nier la sociologie telle qu'elle est construite et ses raisonnements mais c'est l'emploi des termes qui semble insuffisamment fouillé pour avancer dans la recherche sociologique, afin de ne pas tomber dans un cercle herméneutique : le cas où n'importe quel apprenti sociologue qui maitriserait un certain vocabulaire d'analyse pourrait produire de la connaissance sociologique.
14:45 Publié dans suivre à la trace | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Instantané des Balkans
Au cours d'un périple balkanique qui devait nous conduire mon accolyte et moi jusqu'à Istanbul, nous nous sommes arrêtés en Albanie (Shqipëri), premier arrêt : Shkodra (Shköder), antique capitale de l’Illyrie. Depuis Ulcinj, au sud du Monténégro, nous arrivons à l’aube dans cette ville parmi les plus anciennes d'Albanie. Devant rejoindre Tirana dans la journée, nous avons quelques heures pour découvrir les rues de la ville. La première chose que nous voyons, c'est la mosquée centrale, repère entre la ville nouvelle d'un côté, cosmopolite et commerciale et les faubourgs, quartiers populaires en reconstruction heurtée. C'est vers eux que discrètemnt, notre marche errante nous amène.
En suivant une immense avenue pendant plus d'un quart d'heure, vers l’extérieur de la ville, défilent à droite les mêmes bâtiments bétonnés noircis, et à gauche des ruelles encombrées, des bâtiments hétéroclites par leurs hauteurs leurs dispositions, tantôt en retrait par rapport à la route, tantôt longeant ses bords cabossés, peu disposés à l'usage des piétons. Ici, point de trottoir, mais du béton et du sable forment la chaussée irrégulière et ses limites. Ces « bords » d'avenue, sont à l'image de la vieille ville elle-même, peu jalouse de son territoire. Quelques pas nous entraînent en effet rapidement hors de la ville, qui ne prend pas la peine de marquer ses frontières. Shkodra est en extension, une vraie mine de travail pour les ouvriers du bâtiment, mais sans signe d'une volonté de délimiter son entrée. Point de panneau indiquant la sortie de la ville, pourtant rapidement, tout semble indiquer que nous avons quitté Shkodra. En prenant une rue à gauche, où les habitations sont vétustes et basses, et où la poussière des sols indique les travaux en cours, nous parvenons à une autre pénétrante de la ville, définitivement non urbaine. Pas d'indication humaine du traçage de la ville. Des champs partout, de charrettes en bois tirées par des chevaux nous dépassent.
Nous entrons pourtant à nouveau dans la ville que nous avions perdue involontairement. Sur notre gauche, des détritus, sacs en plastiques sont retenus par des monceaux de terre ; une déchetterie ad hoc pour les citadins. De la terre, des fossés, de la poussière. C'est encore elle qui indique que l'homme est en train de modifier le paysage. De s'installer dans cette ville ancienne quia peut-être le plus souffert sous l’ère communiste depuis 1945 et pendant la guerre civile de 1997. Un peu plus avant, des bâtiments en construction commencent à apparaître. Contrastes saisissants d'une ville qui tente de se réappropier ses marges et son histoire, à l'image des Balkans dont l'Albanie est limitrophe. Secteur du bâtiment en explosion, sans ordre apparent, toutes zones de travaux annoncent des bouleversements structurels, économiques et culturels à venir, bien qu'ils soient encore conduits à la force du cheval. Les couleurs de cette zone liminaire de la ville évoquent bien ce monde de matières premières géologiques en gestation, terre sableuse, bétons, fers, mais aussi les désastres qu'a subi le pays et qui appellent cette reconstruction. Ce que je ne vois pas alors mais que j’apprend ensuite, c’est que Shkodra a bien d’autres facettes, elle abrite des plus importantes industries textiles, électroniques, mécaniques, et de tabac du pays. D'énormes béances dans la route montrent que l'homme investit les sous sols, canalise. Mais le passant non averti manque d'y tomber. Pas de balisage, la trace humaine est toute technique, inscrite dans le matériau même. On ne fait que passer ici, et ce qui dans les villes historiques occidentales passe pour un moment dans l'histoire, est soudain perçu comme une facette à part entière de la ville. Dans un an, peut-être deux, tout aura déjà changé.
Encore une rue à gauche, et nous entrons dans les quartiers populaires. Le sol aride et sableux se fait détrempé et pavé, irrégulièrement. L'eau stagne dans les interstices. Déjà, se profile une place ou attendent les minibus qui sillonnent le pays, taxis populaires. Sur cette place organisée au centre d'échoppes et boutiques ouvertes, les contours aussi sont flous. Le marquage au sol pour les voitures et les hommes est inexistant, perturbant pour l’arpenteur des villes qui y est habitué. Les stands ouverts sur la rue s'opposent bien aux boutiques refermées sur elles-mêmes qu'on connaît si bien. Entre le marché et la boutique, légumes, biscuits, boucheries en plein air, électroménager se succèdent. Les habitants circulent à vélo ou à pied. De retour sur la place initiale, les contrastes sont plus visibles. Le caractère cosmopolite de l’autre partie de la ville apparaissent d'autant mieux. Là coexistent, mosquées, églises protestantes et catholiques, dans un périmètre restreinte. Ce cosmopolitisme religieux est permis par les conditions politiques mêmes. La proclamation d’un Etat athée en 196è a fait détruire des églises et interdire l’exercice public de la foi. Dans ce centre catholique de l’Albanie, la cathédrale a alors été transformée en palais des sports, d’autres églises en théatres, cinémas. A la chute du régime de Henver Hoxha, et donc à la résurgence d’un possibles religieux, tous ces édifices ont été élevés, objets d'un consensus des communautés en présence. La religion a fait, semble-t-il, peau neuve et reste présente là où ailleurs elle disparaît. De ce côté ci de la ville, les rues plus larges accueillent un commerce tourné vers les moyens de communications nouveaux, Internet, bars, opérateurs téléphoniques.
14:24 Publié dans pousser des gémissements infinis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


